Football féminin : l’exil, le silence et la peur- Harcèlement, discriminations et santé mentale des joueuses face aux angles morts du système

Le football féminin progresse en visibilité, en professionnalisation et en reconnaissance médiatique. Pourtant, derrière cette façade prometteuse, de nombreuses joueuses vivent une réalité bien plus sombre : harcèlement moral, discriminations, racisme, abus de pouvoir, isolement psychologique et tabou persistant autour de la santé mentale.
Ces problématiques sont d’autant plus aiguës lorsque les joueuses évoluent loin de leur pays d’origine, privées de repères, parfois de leur langue, et souvent de protections réelles.
Joueuses françaises à l’étranger : l’exil comme facteur de vulnérabilité
De plus en plus de joueuses françaises choisissent ou sont contraintes de partir jouer à l’étranger pour poursuivre leur carrière. Si cette opportunité peut être sportive et financièrement intéressante, elle peut aussi s’exposer aussi à de nouveaux risques.
L’obstacle de la barrière de la langue
Ne pas maîtriser la langue du pays d’accueil signifie que la joueuse va devoir dépendre de son agent ou des autres pour comprendre son contrat, son environnement de travail, et surtout ses droits.
C’est aussi prendre le risque de pas pouvoir s’exprimer librement en cas de conflit ou de mal-être et de s’isoler progressivement, sur et en dehors du terrain
Cette barrière devient un véritable frein lorsqu’une joueuse souhaite signaler des faits graves.
Le danger des enquêtes internes biaisées
Dans certains clubs, lors de conflits ou d’enquêtes internes, les traducteurs mis à disposition sont employés par le club.
Ce qui peut susciter un conflit d’intérêt évident.
Ces traducteurs ne défendent pas nécessairement les intérêts de la joueuse, et peuvent minimiser ou déformer ses propos, filtrer certaines informations et exercer une pression implicite
Pour une joueuse isolée, sans soutien juridique ni linguistique indépendant, la procédure n’est donc pas en faveur de la joueuse.
« Seule, sans mon agent, j’ai été convoqué par mon club, je devais échanger avec la direction avec un traducteur du club. »
Joueuses étrangères en France : solitude et méconnaissance des droits
La France n’est pas exemptée de reproches. Les joueuses étrangères qui évoluent en Première Ligue, seconde Ligue ou D3 font face à d’autres difficultés majeures.
L’éloignement familial
Quitter son pays, parfois son continent, implique une rupture avec le cercle familiale et amicale et une solitude accrue amplifié par les décalages horaires dans certains cas.
Certaines joueuses vivent seules, sans accompagnement psychologique, dans un environnement culturel qu’elles ne maîtrisent pas encore.
Des droits flous ou inconnus
Beaucoup d’entres elles ne sont pas suffisamment informées sur leurs droits contractuels, les différents réglementes entre ceux de la FIFA et ceux du pays d’accueil , comme c’était le cas de Sara Björk Gunnasrsdottir et la gestion de sa grossesse à Lyon.
Ces joueuses ne sont pas en connaissance des recours possibles en cas d’abus et les instances à contacter en toute confidentialité.
Cette méconnaissance favorise les abus et réduit les capacités de défense de la joueuse.
Abus de pouvoir : quand le coach devient juge et bourreau
L’un des problèmes les plus sensibles reste l’abus de pouvoir exercé par certains entraîneurs. Certains n’hésitent pas à prendre une joueuse en exemple pour “maintenir” l’ordre dans le vestiaire. En 2025 nous avons encore des joueuses qui quittent les entraînements en pleurant et sombre dans la dépression, qu’il s’agit de clubs amateur à professionnel
Pression psychologique et sanctions déguisées
Certaines joueuses témoignent de mises à l’écart injustifiées, de temps de jeu réduit sans explication, de sanctions sportives malgré de bonnes performances à l’entraînement, certaines ont osés se plaindre du comportement déplacé des membres du staff, au lieu d’une mise à pied de celui-ci, elles ont été contrainte de partir en prêt ou de demander un transfert au plus tôt .
Le message du staff est clair : se taire ou disparaître.
L’arme du temps de jeu
Le temps de jeu devient un outil de domination à la fois pour faire pression sur la joueuse, comment obtenir un transfert si on a des envies de départ et si le temps de jeu est inexistant ou bien pour punir une joueuse jugée “difficile” et ainsi pour décourager toute prise de parole interne ou public.
Quand le club bloque la carrière : le sabotage du mercato
Certaines joueuses subissent d’autres formes de représailles et beaucoup plus vicieuse, en prétendant agir dans le meilleur intérêt du club et de la joueuse , le club peut refuser de laisser partir sa joueuse malgré lors de cas d’offre sérieuse, le club peut omettre ou tarder de transmettre des réponses aux clubs intéressés, exiger des conditions financières ou options irréalistes.
Le but est clair : punir la joueuse, l’isoler, et d’envoyer un message dissuasif aux autres joueuses.
Un système qui favorise le silence
Le blocage volontaire d’un transfert agit comme un avertissement pour les autres joueuses : toute contestation peut avoir des conséquences sur la carrière. Faute de cadres clairs et de sanctions effectives, ces pratiques perdurent.
Quels sont les recours ?
Pour les joueuses concernées, les recours existent sur le papier, mais restent complexes à activer, surtout sans accompagnement juridique ou syndical.
Des options existent, mais restent difficiles et il est important que la joueuse soit crue et soutenue et surtout protégée, il faut saisir les syndicats de joueuses, se rapprocher de la FIFA, consulter un avocat spécialisé, alerter les fédérations dès que possible.
« Ils ont prétendu que j’étais indispensable, ils ne m’ont pas laissé partir pour au finale être mise sur le banc. »
Santé mentale : le tabou qui persiste
La Dépression, l’anxiété et le burn-out n’échappent pas aux athlètes de haut niveau. Cependant la santé mentale reste un sujet encore trop souvent passé sous silence dans le football féminin.
La peur est le principale moteur de ce silence, les joueuses ont peut de perdre leur place, d’être stigmatisées, d’être jugées “fragiles et préfère souffrir en silence.
L’isolement, les pressions sportives, les discriminations et les abus constituent un terrain fertile pour la détresse psychologique. Au même moment que l’on prône la préparation mentale des athlètes et la gestion de la pression dans les grandes compétitions.
« Dans le football, on attend de nous que l’on soit fortes tout le temps. Dire que ça ne va pas, c’est prendre le risque d’être cataloguée comme faible. »
Briser le silence pour protéger l’avenir
Il est important de comprendre que d’évoquer ces réalités, n’est en aucun cas dans le but de nuire au football féminin, mais dans le but de protéger cette discipline, pour rappel lors de la création de la LFFP (Ligue Féminine de Football Professionnel) une convention devait voir le jour afin de protéger ses joueuses en 2024, à ce jour elle n’est toujours pas finalisée.
De ce fait il est urgent de garantir la signature de cette convention, de garantir des enquêtes indépendantes, d’offrir un accompagnement linguistique neutre pour toutes les joueuses dans le monde, de mieux informer les joueuses de leurs droits, de reconnaître pleinement la santé mentale comme un enjeu central dans le développement du football. Car le football féminin ne peut pas grandir durablement en fermant les yeux sur la souffrance de celles qui le font vivre.
On constate que les joueuses sont au fond très seules et vulnérables, sans espace pour parler, sans soutien réel, et avec la peur des conséquences sportives ou professionnelles.
Il faudrait un vrai dispositif pour qu’elles puissent en parler anonymement afin d’avoir des conseils et un soutien moral. Et à terme, mettre en place un syndicat puissant (conseils, accompagnement moral et juridique).
Comme la création d’une association indépendante avec des ateliers et formations