« Championnes » : mémoire, transmission et combat, une avant-première chargée d’histoire

par | Avr 13, 2026 | Actualités Féminine, Arkema PL, D3 FEMININE, Guingamp W, Seconde Ligue

À Paris, dans une salle comble de la FFF et traversée par plusieurs générations de passionnés, l’avant-première du documentaire Championnes n’avait rien d’une simple projection. C’était un moment de transmission, presque un passage de relais, entre celles qui ont construit le football féminin dans l’ombre et celles qui tentent aujourd’hui de le faire grandir à la lumière.

Dès les premiers mots, Laurie Delhostal donne le ton. Face à elle, un public mêlant jeunes joueuses, éducateurs, anciennes pionnières et acteurs du football : une diversité rare, mais symbolique.

« C’est vraiment super de vous voir si nombreuses et si nombreux, de tout âge », lance-t-elle, avant de laisser place à celles qui incarnent l’histoire du film.

Aux origines du projet : raconter celles qu’on n’a jamais vraiment regardées

Derrière Championnes, il y a une volonté simple mais essentielle : redonner une place à celles qui ont été oubliées.

Pour Morgane Lincy Ferlot, le projet naît presque par hasard, loin de toute trajectoire personnelle liée au football.

« On m’a raconté qu’une des premières équipes de football féminin était née d’ouvrières dans une usine de chauffe-eau à Saint-Brieuc. J’ai été fascinée. »

Ce point de départ devient rapidement une obsession : comprendre ces femmes, leur engagement, leur audace dans une époque où jouer au football était encore interdit.

« J’ai eu terriblement envie de les rencontrer et de comprendre quelle force elles avaient à cette époque-là. »

Le film s’appuie alors sur un matériau rare et précieux : archives personnelles, vidéos Super 8, témoignages, souvenirs. Des fragments d’histoire souvent absents des institutions.

« On a fait le film principalement à partir d’images amateurs », explique la réalisatrice.

Un choix presque contraint, mais qui dit beaucoup : l’histoire du football féminin s’est construite sans caméras, ou presque.

Des pionnières à aujourd’hui : un lien générationnel au cœur du film

L’une des forces du documentaire réside dans ce dialogue entre les générations. Les pionnières d’hier y rencontrent les joueuses d’aujourd’hui, notamment celles passées par l’En Avant Guingamp Féminines.

Pour Isabelle Le Boulch, ce lien est essentiel.

« Le film parle de nous, les anciennes, mais aussi de ce lien avec les jeunes. Ce qui n’a pas changé, c’est le plaisir de jouer. »

Un plaisir qui traverse les décennies, malgré des conditions radicalement différentes.

« À notre époque, c’était vraiment un groupe d’amies. On est parties de loin. »

Cette transmission est aussi un enjeu central du film : donner des repères à une génération qui en manque encore.

Invisibilisation, précarité : la réalité du football féminin mise à nu

Si Championnes célèbre une histoire, il n’élude jamais les difficultés actuelles. Et c’est précisément ce qui ressort des échanges avec le public.

Interrogée sur les conditions des joueuses, Morgane Lincy Ferlot reconnaît avoir été marquée.

« J’avais conscience des difficultés, mais je ne pensais pas qu’elles étaient aussi grandes. »

Le constat est partagé par les anciennes, qui observent une progression… mais encore insuffisante.

Elisabeth Bougeard nuance cependant la lecture.

« Il n’y a pas eu de régression. On n’a pas arrêté de conquérir de l’espace. »

Mais elle rappelle une réalité fondamentale :

« Avant 1970, il était interdit pour les femmes de jouer au football. »

Une donnée historique qui permet de mesurer le chemin parcouru… mais aussi celui qu’il reste à parcourir.

Car aujourd’hui encore, les obstacles sont nombreux : salaires faibles, manque de médiatisation, infrastructures inégales.

« Quand on n’est pas visible, c’est difficile d’avancer », insiste-t-elle.

La question centrale : changer les mentalités plus que les structures

Au fil des échanges, une idée s’impose progressivement : les solutions existent déjà en grande partie. Le véritable blocage est ailleurs.

« On a presque tout essayé », analyse Elisabeth Bougeard.

Selon elle, le défi est désormais sociétal.

« Le problème, c’est que le football n’est même pas proposé aux petites filles. »

Un constat partagé dans la salle, notamment par des éducateurs et éducatrices confrontés à ces réalités au quotidien.

La réponse passe alors par un travail de fond :

« Il faut aller au contact des gens et lutter contre les stéréotypes. »

Mais aussi par une transformation interne du football lui-même.

« Plus il y a de femmes dans l’écosystème, plus la pratique féminine se développe. »

Mémoire et archives : un enjeu crucial pour construire l’avenir

L’un des moments forts de la discussion concerne la question des archives. Un sujet rarement abordé, mais pourtant central.

Comment construire une culture du football féminin sans mémoire ?

Une ancienne pionnière interpelle directement la salle sur ce manque.

La réponse d’Elisabeth Bougeard ouvre une perspective concrète.

« Je pars à la recherche des archives. »

Un chantier immense, mais nécessaire.

« Il y a des VHS, des cassettes, des témoignages partout. Il faut aller les récupérer. »

Car sans ces traces, impossible de transmettre une histoire solide aux générations futures.

Le fil rouge : la joie comme moteur

Au-delà des combats, des chiffres et des constats, un élément revient sans cesse dans les prises de parole : la joie.

Une joie presque revendiquée, comme une réponse aux difficultés.

« Ce qui est le plus important, c’est de jouer, d’être ensemble », résume Isabelle Le Boulch.

Un message simple, mais puissant, qui traverse le film et la soirée.

La réalisatrice elle-même en a été marquée.

« Ce qui m’a frappée, c’est qu’elles disaient toutes : “qu’est-ce qu’on s’est marrées”. »

Une phrase qui résume à elle seule l’esprit de ces pionnières.

Une projection comme point de départ

À la sortie de la projection, une sensation domine : Championnes n’est pas une fin, mais un début.

Un outil, comme le souligne Elisabeth Bougeard :

« C’est un outil pour faire connaître cette histoire. »

Le film est déjà diffusé en Bretagne et cherche désormais un écho national. Mais son ambition dépasse la simple diffusion.

Il s’agit de faire exister une mémoire, de nourrir une culture, de donner des racines à un football encore en construction.

Car comme le rappelle justement l’une des intervenantes :

« On grandit quand on sait d’où on vient. »

Et ce soir-là, à Paris, le football féminin s’est souvenu.

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