Dijon, symptôme d’un football féminin encore sans protection

par | Avr 21, 2026 | Actualités Féminine, Arkema PL, Bordeaux W, Dijon W, FFF, Soyaux W | 0 commentaires

Dans le football féminin français, la performance ne protège plus. Dijon, club installé en Arkema Première Ligue, est aujourd’hui menacé malgré ses résultats. En toile de fond : un vide structurel, celui d’une convention collective toujours absente, et un modèle qui expose les joueuses à une précarité persistante.

Dijon ou la fin du mérite sportif

Le cas de Dijon met en lumière une réalité difficile à accepter : dans le football féminin, les résultats ne garantissent ni stabilité, ni avenir.

Le club évolue pourtant au plus haut niveau, en Arkema Première Ligue, une compétition désormais professionnalisée et encadrée par la Ligue de Football Féminin Professionnel. Sportivement, Dijon s’est imposé comme une équipe compétitive, capable de rivaliser et de s’installer durablement dans l’élite.

Et pourtant, cela ne suffit pas.

La section féminine est aujourd’hui menacée, jugée non rentable. Une décision qui dépasse le simple cadre économique : elle révèle une hiérarchie implicite où le football féminin reste secondaire.

Ce constat pose une question centrale : à quoi sert la performance si elle ne protège pas ?

Car au-delà du cas dijonnais, c’est toute la logique du modèle qui vacille. Un club peut construire, progresser, performer… sans garantie de continuité. Le mérite sportif, pilier du football, perd ici toute sa valeur.

Une professionnalisation inachevée

Lors de la création de la LFFP en 2024, un cap avait été franchi. L’ambition était claire : structurer le football féminin professionnel en France et lui donner les bases nécessaires à son développement.

Au cœur de ce projet, une promesse forte : la mise en place d’une convention collective.

Deux ans plus tard, cette promesse n’a toujours pas été tenue.

Les conséquences sont concrètes et immédiates pour les joueuses. Elles évoluent dans un cadre flou, sans garanties solides sur leurs salaires, sans protection claire de leurs contrats, et avec des conditions de travail qui varient fortement d’un club à l’autre.

Cette absence de cadre crée une instabilité permanente. Elle empêche les joueuses de se projeter, fragilise les carrières, et freine l’attractivité du championnat.

Le contraste est d’autant plus frappant que, dans le même temps, le football masculin continue de renforcer ses structures. Le cadre d’une convention collective pour la future Ligue 3 avance rapidement, tandis que celui du football féminin reste bloqué depuis plusieurs années.

Ce décalage interroge profondément. Il ne relève plus du retard, mais d’un choix structurel.

Des conditions qui freinent la performance

Derrière ces enjeux institutionnels se cache une réalité quotidienne beaucoup plus concrète : celle des joueuses.

Car sans cadre solide, les exigences du haut niveau reposent sur des équilibres précaires.

Beaucoup doivent encore cumuler leur carrière sportive avec une activité professionnelle. Les journées s’allongent, les déplacements s’enchaînent, les retours tardifs deviennent la norme, avant d’enchaîner avec le travail dès le lendemain.

Dans ces conditions, parler de performance pure devient presque paradoxal.

Le football n’est plus uniquement une passion ou un métier, mais souvent une nécessité à organiser autour d’une autre activité. Une contrainte supplémentaire qui impacte directement le niveau de jeu, la récupération, et la progression.

Le parcours de Clara Mateo illustre parfaitement cet enjeu. En choisissant de se consacrer pleinement au football et de mettre entre parenthèses sa carrière d’ingénieure, elle a franchi un cap significatif. Cette saison-là, ses performances ont explosé, jusqu’à être récompensées par un titre de meilleure joueuse.

Ce n’est pas une coïncidence.

Cela démontre une évidence : le talent est là, mais il ne peut s’exprimer pleinement que dans des conditions adaptées. Sans structure, sans stabilité, sans soutien, le potentiel reste limité.

Un problème systémique : l’alerte de l’UNFP

Dijon n’est pas un cas isolé. Il s’inscrit dans une série de situations qui témoignent d’un problème structurel plus profond.

Avant lui, d’autres clubs ont connu des trajectoires similaires. Bordeaux, fragilisé par des réductions budgétaires, a vu son projet sportif s’effondrer progressivement. Faute de moyens, le club a dû s’appuyer principalement sur la jeunesse, entraînant une perte de compétitivité et, à terme, une relégation.

Soyaux a également disparu du paysage professionnel, illustrant une nouvelle fois la fragilité des structures.

À chaque fois, le même enchaînement : désengagement, affaiblissement, disparition.

Face à cette répétition, les joueuses ont décidé de prendre la parole. À travers l’UNFP, elles ont publié un communiqué fort, qui marque un tournant dans la prise de conscience collective.

« Les sections féminines sont trop souvent l’une des premières variables d’ajustement. »

« En 2026, les joueuses professionnelles n’en disposent toujours pas. »

« Une convention collective, ce n’est pas un avantage. C’est une base essentielle. »

Le message est clair : il ne s’agit pas de revendiquer un traitement privilégié, mais d’obtenir un cadre équitable.

Les joueuses rappellent qu’elles pratiquent le même sport, avec les mêmes exigences physiques, les mêmes risques, mais sans les protections correspondantes. Elles dénoncent également un décalage incompréhensible entre les avancées rapides du football masculin et la lenteur des négociations dans le football féminin.

Ce cri d’alarme dépasse le cadre des clubs concernés. Il interroge directement les instances, notamment la Fédération Française de Football, qui affiche des ambitions fortes en matière de développement et d’augmentation du nombre de licenciées.

Mais sans garanties structurelles, ces ambitions peuvent-elles réellement se concrétiser ?

Dijon n’est pas seulement un club en danger.

C’est le révélateur d’un système encore fragile, où la professionnalisation reste incomplète.

Sans convention collective, le football féminin français avance, mais sans véritable filet de sécurité. Et tant que ce cadre n’existera pas, chaque projet, chaque joueuse, chaque club restera exposé à la même incertitude.

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