Femmes et sport : « La question n’est plus de savoir si elles ont leur place, mais pourquoi on en doute encore »

Entre témoignages forts et initiatives concrètes, une conférence qui interroge les freins et les leviers de l’inclusion des femmes dans le sport.
À Paris, une conférence engagée a réuni athlètes, dirigeantes, créatrices et acteurs du sport autour d’un objectif clair : transformer les discours en actions concrètes pour l’inclusion des femmes dans le sport. Un constat s’impose d’emblée — encore aujourd’hui, une fille sur deux abandonne le sport avant 15 ans. Derrière ce chiffre, des freins structurels, culturels et sociaux persistent.
Animée par Rhannon Mcmilland, la soirée a alterné témoignages forts et réflexions de fond, avec une question centrale : comment améliorer l’accès, la représentation et l’impact des femmes dans le sport ?
Un constat alarmant dès l’introduction
« Créer des conversations qui comptent, et surtout qui mènent à des actions concrètes », annonce Rhannon Mcmilland en ouverture. Une ambition qui prend tout son sens face à une réalité persistante : la pratique sportive féminine chute drastiquement à l’adolescence.
Ce phénomène, largement documenté, dépasse la simple question de motivation. Comme le souligne Martina Fascia :
« Ce n’est pas parce que les filles ne veulent pas faire du sport, mais à cause de la pression sociale, des changements physiques et d’environnements qui ne leur permettent pas de s’exprimer pleinement. »
Un témoignage personnel vient illustrer cette violence invisible : filmée à son insu dans une salle de sport, Martina transforme cet épisode en moteur d’action.
« J’ai ressenti de la honte, de la colère, de la peur… Cet événement est ma réponse. »
Martina Fascia 📸 Joana Swan pour InstinctFoot – ©️All Rights Reserved
Des parcours inspirants face à un système encore verrouillé
La première table ronde met en lumière des trajectoires marquantes, à commencer par celle de Brigitte Henriques, ancienne présidente du Comité National Olympique et Sportif Français.
Son récit rappelle combien le chemin a été long :
« Dans mon premier club, on m’a dit : “pas de filles ici”. Il a fallu des années pour simplement trouver une équipe. »
De joueuse internationale à dirigeante, elle incarne cette transition vers le pouvoir décisionnel, encore largement masculin :
« Le système a été construit par des hommes, pour des hommes. Le pouvoir de décision n’était pas fait pour les femmes. »
Même constat du côté de Charlotte Roisin-Deltombe, confrontée aux stéréotypes au quotidien :
« Au stade, on me donnait les billets en pensant que j’étais hôtesse, jamais mes collègues masculins. »
Une réalité qui illustre un biais profondément ancré : la légitimité des femmes dans le sport est constamment questionnée.
Louise Poyard & Noellie Mankatu 📸 Joana Swan pour InstinctFoot – ©️All Rights Reserved
L’expérience des athlètes : entre résilience et transmission
Le témoignage de Noëllie Mankatu apporte une dimension humaine et universelle. Ancienne olympienne, elle évoque les moments de doute, mais aussi l’importance des rencontres :
« Il y a toujours quelqu’un derrière vous, prêt à vous aider. »
Aujourd’hui engagée pour représenter les athlètes congolais, elle insiste sur la responsabilité qui accompagne ce statut :
« Être olympien, ce n’est pas seulement performer, c’est transmettre. »
Son parcours rappelle que le sport est aussi un levier social, éducatif et identitaire puissant.
Martina Fascia & Clara Leclerc 📸Olivier Lejeune
Des initiatives concrètes pour transformer le terrain
Au-delà des constats, la conférence met en avant des solutions tangibles. L’association Her Game Too, présentée par Charlotte Roisin-Deltombe, propose par exemple un système de signalement via QR code dans les stades pour lutter contre les violences sexistes.
« Il n’existe pas de stade totalement sûr aujourd’hui. Mais les clubs veulent agir. »
Même dynamique du côté institutionnel avec Louise Poyard à la Fédération Française de Tennis :
« Si on veut plus de joueuses, il faut des femmes partout : entraîneures, arbitres, dirigeantes. »
Une stratégie globale qui vise à agir sur l’ensemble de l’écosystème sportif, dès le plus jeune âge.
Représentation et narration : un enjeu clé
La seconde table ronde s’est concentrée sur un autre levier essentiel : la visibilité. Un chiffre frappe les esprits : seulement 15 % de la couverture médiatique sportive concerne les femmes.
Pour Clara Leclerc, réalisatrice du film présenté lors de la conférence, les résistances sont encore fortes :
« On m’a dit que le football féminin n’était pas un sujet intéressant… Cela m’a donné encore plus envie de le traiter. »
Elle pointe aussi un paradoxe :
« C’est “tendance” d’être une femme dans un milieu masculin, mais ça ne vous rend pas crédible. »
Du côté des entreprises, Ophélie Mayoux insiste sur le rôle du storytelling :
« Les données sont essentielles, mais ce sont les histoires qui changent les mentalités. »
Ophélie Mayoux 📸 Joana Swan pour InstinctFoot – ©️All Rights Reserved
Vers un changement structurel… encore fragile
Malgré des avancées, tous les intervenants s’accordent sur un point : le changement reste lent et fragile. Pour Olivier Peulvast, la clé réside aussi dans le modèle économique :
« On ne peut pas continuer à comparer sport masculin et féminin. Ce n’est pas le même produit, ni les mêmes usages. »
Enfin, la conclusion portée par Carlotta Gradin élargit le débat :
« Le sport est un outil d’émancipation. Mais il reste encore beaucoup à faire pour atteindre l’égalité. »
Un message clair : agir maintenant, ensemble
Au fil des échanges, un fil rouge s’impose : le changement ne pourra se faire sans une action collective.
« On ne peut rien faire pour les femmes dans le sport sans les hommes », rappelle Brigitte Henriques.
Et pour les nouvelles générations, le message est sans détour :
« Vous n’avez pas à attendre que le système soit parfait pour prendre votre place. Mais ne l’acceptez jamais tel qu’il est. » — Ophélie Mayoux
Entre témoignages puissants et pistes concrètes, cette conférence a mis en lumière une réalité complexe mais en évolution. Si les lignes bougent, les inégalités restent profondes.
Une certitude demeure : le sport est un terrain clé pour redéfinir les rapports de pouvoir, de représentation et d’égalité. Et comme l’a résumé Martina Fascia en ouverture :
« La vraie question n’est pas de savoir si les femmes ont leur place dans le sport… mais pourquoi on se la pose encore. »
Carlotta Gradin 📸 Joana Swan pour InstinctFoot – ©️All Rights Reserved
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